De l'origine de la lune rousse...
Il était une fois (parce que les histoires commencent par là), un petit poussin (ou poussin tout court parce qu'un poussin c'est déjà petit !), qui vaquait à ses occupations dans la basse-cour. Bien connu par là-bas pour y être né, y avoir vécu et bossé des années comme un fou passionné.
Un beau jour, tournant de l'histoire, une petite poule rousse fut amenée à la basse-cour. Timide un peu, jeune beaucoup et communicative surtout. Au fil des années, elle se cherchait, au travers de ses rencontres farfelues. Elle changeait, parfois heureuse, soudain morose, de taille gracieuse et dynamique à corps graisseux ratatiné, d'une douce et pâle maigreur timide à une grande colère cynique. Parfois elle ne parlait plus du tout, s'en retournait dans sa coquille, assassinait d'un regard. Méfiante comme personne, elle n'accordait plus sa confiance aux poussins, les maudissait, les méprisait.
Pourtant, elle gardait toujours un coin de soleil au creux de son âme.
Le poussin vit sa vie, quand il l'aperçoit... et se dit que ma foi elle semble fort sympathique. Alors il lui propose quelques activités, qu'elle ne prend pas le temps d'apprécier.
Jusqu'à ce jour où elle s'éveille et décide de lui accorder le bénéfice de son innocence. Ils rient, s'amusent et traversent la basse-cour chaque jour l'âme légère. Mais ce lieu est ancien, comme le sont ses mœurs : une roussette et un poussin n'ont pas droit au bonheur commun, ne promènent pas leurs couleurs au milieu de la basse-cour en horreur !
La petite poule, égarée, seule, devant ce grand dilemme pleure dans la nuit câline qui l'observe d'un œil protecteur. La grande bleue s'attriste du malheur de la petite. Elle glisse à l'oreille de la lune une idée drôle en couleur...
« _ Si chaque jour tu donnes un peu de ta clarté à la petite poule alors elle pourra se fondre jaune quelques secondes parmi les jaunes.
_ Je voudrai bien l'y aider... mais jamais la rousseur ne fut le sombre côté du jaune. Malgré tout, si tu me l'autorises alors, je pourrai parfois lui prendre sa rousseur, lui glisser ma malice pour que poussin elle devienne. »
Ainsi, quelques fois dans l'année, la lune rousse apparaît. Et la petite poule est avec son poussin sans se faire remarquer.
L'histoire est bien gentille, et pourrait finir ici...
Mais au fil des années leur désir grandit, grandit... Et ces jours occasionnels de bonheur inassouvi ne suffisaient à leur tendresse perpétuelle.
La belle découvrant chaque jour un peu plus ce tendre cœur n'était pas rassasiée de ces quelques heures. Elle ne parvenait plus à rester au présent quand le petit poussin était à ses côtés, et parfois dans un ton cynique et cruel lui déclamait quelques vérités cachées pour le faire déguerpir et s'esseuler.
Mais le poussin tranquille, jamais ne bronchait. A l'encontre de toute attente, il restait. Et plus elle s'éloignait, plus il la rappelait dans la danse, un tango passionnel qui le mettait en transe. Elle ne pouvait en faire autant, et qu'importe le vent, elle craignait ses sentiments.
Devant la paisible tranquillité du poussin, la petite poule ne savait plus où donner du grain. Elle était prisonnière de la législation, des valeurs en commun de la basse-cour en fusion.
Se laissant porter, elle désirait tempérée, anxieuse et frustrée, craignant les conséquences de son affection en émulation. Par le manque et l'absence de l'être passionné.
Lui, imperturbable, imperceptible, parfois prévisible, laissait peu souvent s'exprimer ses sentiments d'une voix claire et audible.
Et puis l'envie d'un instant, peu importe le temps, n'a rien de constructif pour une roussette sans soutif... Trop de questions, de confusions, sur le regard de l'autre. Le poussin y prête peu attention, mais certains y prêtent l'oreille...
Et jamais un poussin avec plusieurs poules n'a été mis dans l'écuelle... ce sont souvent les petites poulettes, qui finissent dans l'assiette lorsqu'est dévoilée une amourette... Et une poulette qui sent le souci ça sent le roussi... Et une petite poule rousse et un poussin...
Alors ?
Alors contre tous les préjugés et les idées reçues, l'espace d'un instant, dans une étreinte charnelle, légère et virtuelle... (Ou peu être pas....) Les deux rêveurs ont fusionné dans un instant de bonheur éternel aux souvenirs...